Dopée depuis mon enfance aux discours névrosés d'une mère désillusionnée, j'ai toujours été habitée de réflexions mélancoliques sur la vie. Elles ont peu à peu inondé mon existence d'un spleen pérpetuel. Sa présence, sans m'empoisonner, m'emplissait d'un lyrisme destructeur. Dans chaque chose, je tentais de dépister avec un cynisme éhonté la teneur en chimères insidieuses. C'était une sorte de rébellion devant le cours impétueux de la vie et les impératifs de l'enfance.
Mais aujourd'hui les choses ont changé : devant mon innoncence révolue et l'âpreté des moeurs, une gravité naissante, prodrome de l'âge adulte, s'est érigée sur la trame de ma vie. Avec elle, ma mélancolie s'est vivifiée, se transformant en véritable angoisse.
Mon seul échappatoire n'a jamais été que la perspective mille et une fois explorée de mon avenir où je cristallise toutes mes voeux inassouvis. Je suis une fugitive, à travers le mensonge et ma timidité, j'espère échapper au temps qui m'enserre, à la réalité qui m'oppresse. L'existence que je mène est un fardeau que je ne supporte que par la promesse d'une aube nouvelle, une vie merveilleuse, que le destin me doit par les peines subies dans l'adolescence. Je vis un supplice qui s'exhale rien que par le rêve. Mais le supplice s'éternise et le rêve ne sourd jamais. Je suis une sorte de Madame Bovary du XXIème siècle. Alors il faut agir. Cesser de vivre dans le fantasme d'un avenir inaccessible, mais s'immerger dans une réalité prosaïque et cruelle.

